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Furors de Baudelaire?

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Depuis Ion de Platon, on sait que le poète est un furieux, c'est-à-dire un être possédé par le souffle divin. Au fil des siècles, la croyance en une origine divine de l'inspiration se perd et Baudelaire n'y adhère bien évidemment pas. Le Spleen de Paris fait néanmoins plusieurs références à ce phénomène de l'inspiration, à cet arrachement de l'homme à lui-même, mais sur le mode de la parodie. Les termes ainsi connotés de "furieux" ou de "furieuse", l'adverbe "furieusement" apparaissent à cinq reprises. L'étude du "Galant tireur" montre une perversion du phénomène de l'inspiration; excité, mis hors de lui par la muse, l'homme-poète passe à l'acte dans la violence. Il crée un double figuré de la femme, double qu'il peut mettre à mort.

 

Le furor poétique semble ainsi contaminé par un autre furor, qui n'est plus celui du poète mais celui qui enlève le personnage de tragédie à lui-même. Ajax chez Sophocle, Hercule chez Sénèque Cette réflexion m'est venue en lisant un passage de La Folie Histoire et Dictionnaire (par le Dr Jean Thuillier, Robert Laffont, Bouquins, 1996). L'auteur rappelle que le malheureux furieux agit lui aussi sous emprise et que son crime le place par son abjection même au ban de l'humanité. Il me semble que l'on trouve aussi de ce furor-là dans le recueil de Baudelaire, dans l'agression mise en scène dans "Assommons les pauvres!", dans le bris sadique des vitres du " Mauvais vitrier". 

 

Je n'ai pas eu loisir d'aller plus loin. C'est peut-être sans intérêt... mais s'il y avait bien traces d'un furor tragique dans Le Spleen de Paris, cela compterait aussi comme un élément dramaturgique... sait-on jamais... si l'on vous interrogeait sur la théâtralité dans nos petits poèmes en prose...

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