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Cinna et Polyeucte: les frontispices

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Cinna et Polyeucte, les frontispices

Marie-Claire Planche

 

            Ces propos sembleront peut-être à certains agrégatifs trop éloignés de leurs préoccupations. S’ils ne permettent pas d’amorcer une réflexion en vue de la dissertation, ils touchent cependant à une question primordiale : celle de la réception. Enfin, si les épreuves exigent une connaissance précise et fine des œuvres, elles font aussi appel à un contexte de création qui inclue les différents arts.

 

Les pièces de Corneille ont été illustrées dès le XVIIe siècle, soit dans des éditions isolées, soit dans des éditions collectives. Le principe retenu est communément admis pour les pièces de théâtre et pour l’illustration des œuvres littéraires en général : une estampe sous la forme d’une vignette pleine page qui représente un passage particulièrement significatif. Le motif est dessiné puis gravé afin d’être imprimé ; placée en début de volume (face à la page de titre, face à la liste des personnages ou au début du texte) l’estampe est alors appelée frontispice. L’illustration des tragédies soulève de nombreuses questions, nous en exposons quelques-unes ici. L’une des premières, qui concerne toute illustration de texte littéraire concerne le choix du sujet. La seconde s’intéresse aux liens avec la scène théâtrale ; il apparaît en effet que les frontispices s’affranchissent de la représentation théâtrale : ils ne constituent en rien un témoignage des pratiques théâtrales. Enfin, il convient d’interroger le dialogue des arts : de quelle manière le texte et le motif gravé dialoguent-ils ? Comment l’illustration, qui précède le texte dans le livre, peut-elle montrer sans trahir ? Le livre à figures, très apprécié au XVIIe siècle, se développe avec un grand engouement au siècle suivant. Les dramaturges bénéficient alors d’éditions nombreuses dans lesquelles la qualité des estampes est souvent très appréciable.

 

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© Coll. Part.

 

Cinna 1643. Le frontispice illustre la fin de la pièce et donc la clémence d’Auguste dans une scène dominée par l’empereur sur son trône auquel font face Cinna, Emilie et Maxime, tous agenouillés. La reconnaissance se lit sur leurs visages. Le dais permet d’inscrire le titre de la pièce, ce qui constitue une pratique courante. Enfin, une échappée à droite ouvre sur une architecture antiquisante qui rappelle la grandeur de l’empereur.

 

Polyeucte, 1643. Le sacrifice des idoles, annoncé II, 6 (v.716) est relaté III, 2. La scène est donc la représentation d’un récit ; les illustrateurs ont très souvent fait ce choix. Le titre de la pièce est gravé sur l’entablement. Les personnages portent des costumes qui ne permettent pas de les rattacher à une période et à un lieu particulier. Si la violence à l’encontre des idoles est sensible, la réaction du groupe de droite paraît bien faible non seulement par rapport aux actes, mais aussi par rapport au texte de Corneille.

 

 

En 1764 paraît une édition des Œuvres de Corneille illustrée par Hubert-François Gravelot (un dessinateur majeur) ; le format est un octavo. Ses compositions mettent en place des procédés qui se retrouvent dans son édition des Œuvres de Racine de 1768.

 

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© MC Planche, Bibliothèque municipale de Nancy

 

Cinna, V, 3, v. 1701                                                              Polyeucte, IV, 4, v. 1312

« Soyons amis, Cinna, c’est moi qui t’en convie »                « Qu’on me mène à la mort, je n’ai plus rien à dire »

 

 

Chaque frontispice offre une clé de lecture puisque le lien avec le texte est établi par la lettre gravée qui cite une partie de réplique : les vers restent en suspens. Le lecteur du XVIIIe siècle, familier du théâtre classique, est peut-être à même de faire appel à sa mémoire pour les compléter. Les deux compositions affichent une proximité qui se lit dans les décors grandiloquents, sans échappée vers l’extérieur. Ils recréent une Antiquité dans laquelle le XVIIIe siècle pointe, comme en atteste la tenture aux motifs végétaux derrière Auguste ou le cartouche peint. Les gestes des personnages expriment les différentes émotions et signifient la prise de parole. Disposé sur un siège modeste, Auguste peut ainsi afficher une proximité avec Cinna qu’il accueille bras ouverts. Ce mouvement est redoublé par Cinna et Emilie. Polyeucte quant à lui, résigné se tourne vers les gardes : le mouvement de l’étoffe accompagne celui du corps avec une dynamique qui s’oppose à la raideur de Sévère. Pauline, à l’expression et aux gestes quelque peu affectés fait le lien entre les deux personnages.

            Les estampes figurant la clémence d’Auguste peuvent être confrontées à celles d’Alexandre le grand de Racine qui mettent en scène la magnanimité du Macédonien face à Porus.

Le site Cesar.org offre une banque d’images qui s’intéresse aux illustrations des pièces et aux costumes : http://www.cesar.org.uk/cesar2/index.php

Pour des questions plus larges, relatives aux textes et à l’iconographie, la revue en ligne Textimage : http://www.revue-textimage.com/intro1.htm

 

Note de Florence: Ce travail sur les frontispices est loin d'être accesoire, j'ai vu un excellent professeur les utiliser dans une leçon sur la violence dans 3 tragédies de Racine.

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