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"Capitale de la Douleur" par JC Gateau (Foliothèque) - notes de lecture

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Marie-Claire Planche planche.mc@gmail.com


Notes de lecture de l’ouvrage cité.


Agrégation 2014


Analyses


Capitale de la Douleur, commentée par Jean-Charles Gateau. Foliothèque, 1994.


113 textes, 86 poèmes en vers, dt 2 incorporant un passage en prose : « L’invention », « Fin des
circonstances », 27 proses (poèmes en prose ? récits de rêve ? textes automatiques ?).
Documents de travail rares : pas de datation nette des poèmes, pas de correspondance accessible qui les
éclaireraient, peu de brouillons, pas d’ébauches de table des matières.
Parution recueil 8 septembre 1929, 1300 exemplaires. Il regroupe en fait 3 recueils :
- Répétitions, 18 mars 1822, 350 exemplaires numérotés (35 poèmes)
- Mourir de ne pas mourir, mars 1924 NRF, 535 exemplaires (23 poèmes)
- Nouveaux poèmes, 45 textes dont 36 st vraiment inédits en recueil à cette date. 5 poèmes des Nécessités
de la vie sont disséminés ds les Nouveaux poèmes. 4 poèmes de la plaquette anonyme et confidentielle Au défaut
du silence, 1925.

 


Répétitions
Ferme pour Éluard l’aventure Dada, il a fait partie des jeunes gens dt certains sortaient à peine des
tranchées qui a vue ds la provocation, la dérision, la subversion nihiliste, un moyen de saper l’institution littéraire,
un langage légitime. Dadas : Tzara, Picabia ont voulu « châtier » le langage périmé. Dévaluation langagière,
destruction du sens unique pr désobéir aux modèles, au conformisme. Révolte = politique de la terre brûlée. Éluard
n’a pas suivi pleinement leurs principes ; Picabia trop pessimiste.
« Après Répétitions, la voie visionnaire, ouverte par Max Ernst en peinture, et par les diverses pratiques
d’exploration de l’inconscient en littérature (écriture automatique, écriture sous hypnose, récits de rêves), allait
approfondir vertigineusement le dadaïsme. », p. 14
Lettre à Jacques Doucet, le recueil démantibule des poèmes à sujets écrits entre 1914 et 21.

 


Mourir de ne pas mourir
Détérioration des perspectives pr le poète : pb familiaux, sentimentaux, litt (atmosphère délétère chez les
Dadas). Désespoir hante les textes marqués par la perte, la défection de la fe et du sens. Accents suicidaires : « Pour
tout simplifier, je dédie mon livre à André Breton ». Le titre du recueil trouve son origine ds un poème inspiré à la
carmélite castillane Teresa de Cepeda (1515-1582), ie Ste Thérèse d’Avila, par l’audition à la Salamanque d’un
villancico, cantique populaire. Il retient la douleur de l’homme ligoté ds une société étrangère à ses aspirations et
qui ne rencontre plus décho ds l’aimée.


Nouveaux poèmes
1924-1926, dédiés à G, en signe de retrouvailles, réconciliation avec Gala. Activité neuve au sein d’un
groupe de poètes et de peintres revigoré par le passage du pouvoir politique au « Cartel des gauches » en 1924, par
la parution du Manifeste de Breton, par l’édition de la revue La Révolution surréaliste, rapprochement avec la
partie la plus ouverte de l’intelligentsia communiste et le PCF. Gala devient alors la salvatrice, Éluard en est le
dévot (sens latin et sacré) : celui qui a, une fois pour toutes, ds un geste sacrificiel, fait le don de sa personne à une
instance suprême. Mystique érotique d’Éluard, idéalisation de Gala.

 


Capitale de douleur
Regroupement de 3 parties en un recueil permet de sortir du règne des plaquettes, d’accéder à une audience
plus large et d’affirmer une maturité. Il faut stt y voir des raisons plus profondes liées à une crise. Titre L’Art d’être
malheureux , voulu par Éluard ? Plaisait bcp à Paulhan de la NRF. Titre retenu est euphonique et sémantiquement
mystérieux. Titre serait formulation retournée des Fleurs du mal, qu’Éluard admire. Tableaux parisiens, ceux « qui
tètent la Douleur comme une bonne louve ».

 


Succession des poèmes fait-elle sens ? Pr le lecteur, les poèmes se succèdent selon les principes
esthétiques que cx qui régissent la succession des morcaux d’un récital. Éluard alterne ton, rythme, longueur. Unité
se fonde sur la succession d’une catabase (descente aux enfers) en deux étapes et d’une anabase (ascension).
Décompte des syllabes rendu complexe par le vers-librisme, que faire du –e muet ? liberté orale du vers.
Isométriques : poèmes écrits en seul mètre. Innovation : poèmes ts hétérométriques comptant svt des vers
qui outrepassent l’alexandrin.

 


Du vers-librisme, Éluard retient le vers blanc qui proscrit la rime.

 


Les poèmes contrebalancent l’abs de rime en fin de vers par les indices de poéticité : rimes intérieures,
assonances, allitérations, paronymies, anaphores, disséminations anagrammatiques (mise en anagrammes), échos
qui constituent la musique personnelle du poète.

 


Haïku : forme à peu près fixe. Au Japon, forme émancipées des contraintes de la poésie de cour, extrême
briéveté (17 syllabes en 3 vers). Vocation à concentrer l’essentiel des ressentis à un instant précis. 1917-18, Éluard
s’est adonné à cet art. ds les textes postérieurs, il en garde le souvenir.

 


Proverbe : s’adonner à une poésie gnomique, d’apparence impersonnelle et objective, proposer de nelles
assertions. Début 1919, Éluard écrivait : « Je fais des poèmes et des proverbes (c’est TRÈS difficile) ». Publia des
proverbes dadas en 1920. Ds Capitale, certains vers proverbiaux. Locutions proverbiales inventives, les rajeunit par
le recyclage.

 


Vocabulaire : diff des autres surréalistes qui cherchent le mot rare et spécifique, scientifique. Il fuit la
richesse profuse, préfère la litote à l’hyperbole, la modestie au panache. Ambition de pouvoir être lu « par tous ».
Imaginaire : voir étude de J.P. Richard, Onze études sur la poésie moderne, 1964 (BML). R. Jean, Paul
Éluard par lui-même, 1970 (BML silo).

 


Peintres : découvre la peinture à partir de 1919, au hasard des rencontres, répond à son goût de
collectionneur et un besoin d’émulation créatrice. Méprise la peinture des musées, admire cpdt Poussin. Peinture
contemporaine participe à la transformation du monde. Peu de goût pour l’abstraction d’Arp, peu de sympathie pr
l’exhibitionnisme de Picabia. Fraternité avec Ernst : aime ses collages, ses toiles visionnaires. Picasso, Miro,
Masson, Klee admirés pr leur audace face aux traditions. Poèmes qu’il leur consacre soulignent la démarche
d’élévation, de purification, de catharsis, de renaissance indispensable au peintre comme au poète. Création
picturale conforme à la dynamique qui meut tte la nature, cf Braque. Liberté ds obéissance aux lois de la nature.
Ho est élément du cosmos. Fécondité de l’art réside ds incitation à s’affranchir de ses servitudes.

 


Tombeau des secrets, recueil de 10 poèmes de Char, 1930. Illustré de 10 photographies dt la dernière est un
collage d’Éluard et Breton. Plaquette dédiée à Paul et Gala.

 


Migrations, collages : intertextualité, interfiguralité de la citation et du collage. Stupidités entendues et
rapportées p. 24. Pancartes qu’Aragon recopie ds les immeubles pr les reproduire ds Le Paysan de Paris. Collages
d’Ernst, cf Adam et Eve de Dürer. Éluard mixe ses écrits, les mélange, fait des références.

 


Écriture automatique : inspirée des études et des lectures médicales de Breton, elle fut longtps une
pratique expérimentale menée par Breton et Soupault en 1919, Champs magnétiques. Eluard rend cpte de l’ouvrage
en 1920, insiste sur la rapidité de l’écriture pr déjouer l’intervention de la conscience. Émet des réserves cpt. Pr lui,
existe un lieu éthéré de cette écriture, lieu cérébral qui décrit, par images fantasmatiques.
Lautréamont : Éluard place le texte surréaliste sous le signe de ce poète. En 1923, présente ds Littérature
2 lettres de celui-ci.

 


Blasons : blasonner signifiait décrire et expliquer les détails d’un blason. Au XVe, le blason devient un
poème descriptif destiné à louer ou à blâmer telle ou telle partie d’un tout (une couleur, un animal, un métier, une
ville), à énumérer ses qualités ou ses vices. Entre 1535-60, Marot blasons anatomiques du corps féminins, loue ou
raille les parties du corps d’une femme. Genre marie divn, érotique, agressif. Blason est un genre qui disparaît,
mais les poètes continuent de blasonner : Baudelaire, « La chevelure ».
Chez Éluard, blason pourrait être le portrait de Gala qui se dessine par fragments tt au long du recueil.

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